Chapitre 33

Dans l’histoire de plusieurs espèces, la période classique abonde en exemples de dirigeants qui n’ont pas hésité à précipiter les jetons du pouvoir (monnaie ou autres tabulateurs économiques, points de statut, etc.) dans de violentes perturbations dont seuls profitaient quelques rares élus préalablement informés. Les versions humaines de ce comportement sont particulièrement édifiantes (se reporter à l’Appendice G). Seuls les Pan Spechi semblent avoir évité ce phénomène, peut-être en raison de la servitude des crèches.

Histoire comparative, Publications du BuSab.

 

McKie effectua sa série d’appels suivante dans la pièce que les Têtes Sèches lui avaient réservée. C’était une chambre assez grande, spécialement aménagée pour recevoir des hôtes humains. Elle contenait plusieurs canisièges parfaitement dressés et une vaste canicouche que Jedrik regarda avec suspicion malgré les souvenirs que lui communiquait McKie. Elle savait que ces créatures-objets ne possédaient qu’un cerveau rudimentaire, mais tout de même, elles étaient… vivantes.

Elle se tenait devant la fenêtre qui donnait sur la cour d’entrée. Elle se retourna quand McKie eut fini ses appels.

« Soupçons vérifiés », dit-il.

« Tes amis du BuSab laisseront tomber Bildoon pour nous ? »

« Oui. »

Elle regarda de nouveau la fenêtre.

« Je ne cesse de penser à l’aspect que le ciel dosadi doit avoir maintenant… sans le Mur de Dieu… aussi lumineux que celui-ci. » Elle hocha la tête en direction de la cour d’entrée, sous la fenêtre. « Et quand nous aurons nous aussi des couloirs… »

Elle s’interrompit. McKie, évidemment, partageait les mêmes pensées. Leur communion demandait une adaptation considérable.

« J’étais en train de penser à ta formation de légiste », commença-t-elle.

McKie savait vers quoi tendaient ses réflexions.

Les Gowachins choisis pour l’éduquer avaient entretenu avec lui des relations apparemment très libres. On lui avait dit que ses maîtres formaient un groupe soigneusement constitué, uniquement en fonction de leurs compétences respectives. En somme, tout ce qu’il y avait de mieux pour la tâche à accomplir : faire d’un non-Gowachin un vrai légiste gowachin.

Ou faire d’une buse un épervier !

Ses maîtres avaient mené apparemment la vie normale d’un Gowachin, entretenant le nombre habituel de femelles fertiles dans les bassins familiaux, extirpant les têtards du graluz avec le nécessaire détachement gowachin. À la surface, tout cela avait semblé très normal. Ils lui avaient montré tous les aspects privés de leur existence, ils avaient répondu à toutes ses questions avec une franchise désarmante.

Les perceptions de McKie, amplifiées par celles de Jedrik, captaient maintenant toutes ces choses sous un jour très différent. Les rivalités entre les différents phylums gowachins prenaient beaucoup plus d’ampleur. McKie s’apercevait qu’il n’avait pas posé les questions qu’il fallait, que ses maîtres avaient été choisis d’après des critères différents de ceux qu’on lui avait indiqués à l’époque, et aussi que les autorités gowachins qui les avaient recrutés leur avaient donné des instructions spéciales comportant certaines restrictions secrètes d’une importance absolument vitale.

Pauvre Ceylang.

Toutes ces réflexions le perturbaient profondément. Elles changeaient ses conceptions de l’honneur gowachin, remettaient en question les comparaisons qu’il avait eu l’occasion d’établir entre les principes gowachins et le mandat que possédait le BuSab. Toute la formation que lui avait donnée ce même BuSab demandait à être réexaminée de la même manière.

Pourquoi… pourquoi… pourquoi…

La justice ? Le code gowachin ?

L’intérêt de pouvoir disposer, comme légiste gowachin, d’un agent important du BuSab revêtait une nouvelle importance. McKie voyait maintenant ces choses comme Jedrik avait vu, naguère, à travers le Mur de Dieu. Il existait toujours des forces plus ou moins invisibles derrière chaque écran visible. Une structure cachée du pouvoir gisait là : des gens qui n’apparaissaient presque jamais en public, des preneurs de décisions dont le moindre caprice pouvait entraîner d’incroyables conséquences pour toute une série de mondes. Des planètes entières, des univers complets pouvaient être contraints à différents degrés de servitude. La planète Dosadi n’était qu’un cas extrême, servant un objectif précis.

Un jeune corps en échange d’un vieux. En somme, l’immortalité. Et un terrain d’entraînement pour ceux qui devaient prendre les décisions cruciales.

Cependant, aucun d’eux ne pouvait être aussi entièrement dosadi que la combinaison McKie plus Jedrik.

Il était curieux de savoir où et comment la décision concernant le projet Dosadi avait été prise. Aritch n’y était pas mêlé, la chose était certaine. Il y en avait d’autres derrière lui, gowachins et non gowachins. Un groupe occulte détenait le pouvoir. Il siégeait dans l’ombre, en un endroit quelconque de la Co-sentience. Les membres de ce groupe n’étaient d’ailleurs pas obligés de se rencontrer en chair et en os. Et jamais en public. De toute manière, le secret était leur première règle. Ils devaient se servir, pour leurs actions publiques, de personnages-tampons qui évoluaient à la lisière du vrai pouvoir. Des gens comme Aritch.

Et comme Bildoon.

Qu’est-ce que le Pan Spechi espérait y gagner ? L’accaparement permanent de l’ego de sa crèche ? Naturellement. Cela plus… un nombre indéterminé de corps, humains, sans aucun doute, libres des stigmates de ses origines pan spechi.

Le comportement de Bildoon – et celui d’Aritch – paraissaient tellement transparents, à présent. Quelque part, il devait y avoir un Mrreg pour créer les courants dans lesquels nageait Aritch. Derrière la marionnette, il y a le montreur.

Mrreg.

Ce pauvre crétin de Grinik en avait révélé bien plus qu’il ne croyait.

Et Bildoon.

« Nous disposons de deux points d’attaque », fit McKie.

Elle acquiesça.

« Bildoon et Mrreg. Celui-ci est le plus dangereux. »

Un pli au bord du nez de McKie se mit à le démanger. Il se gratta distraitement, tout en prenant conscience d’un changement. Il regarda étonné autour de lui et s’aperçut qu’il se tenait devant la fenêtre, enrobé d’un corps féminin.

Mince ! Cela arrivait si vite, maintenant !

Jedrik le regardait avec ses propres yeux. Elle parla avec sa voix, mais le ton était cent pour cent Jedrik. Ils trouvèrent tous deux cela amusant.

« Les pouvoirs de ton BuSab. »

Il comprit ce qu’elle voulait dire.

« Oui, les chiens de garde de la justice. »

« Où étaient-ils, ces chiens de garde, quand mes ancêtres se sont fait piéger sur Dosadi ? »

« Les chiens de la justice. Rôle ingrat et dangereux », acquiesça-t-il. « Tu sais à quel point nous sommes indignés. »

« Je sais aussi ce qu’est l’amour d’un père et d’une mère. »

« N’oublie pas ça quand tu parleras à Bildoon. »

Une fois de plus, McKie se retrouva sur le lit dans son ancien corps.

Il sentit à ce moment-là les vibrisses mentales d’un appel taprisiote et perçut le contact de Bildoon. McKie ne perdit pas de temps. Les forces de l’ombre avaient mordu à l’hameçon.

« J’ai pu localiser Dosadi », fit-il sans autre préambule. « L’affaire sera portée devant la judicarène, cela ne fait aucun doute. J’aimerais que vous procédiez aux démarches préliminaires. Informez le Haut Magister Aritch que j’impose la prescription formelle du légiste. Un membre de la tribune devra être un Gowachin de Dosadi. J’ai quelqu’un de particulier en tête. Il se nomme Broey. »

« Où êtes-vous ? »

« Sur Tandaloor. »

« Comment est-ce possible ? »

McKie dissimula un élan de tristesse. Ah, Bildoon ! Comme on te lit facilement !

« Dosadi est pour le moment hors de danger. J’ai pris certaines précautions pour cela », ajouta-t-il.

Puis il rompit le contact.

Jedrik murmura songeusement :

« Quand je pense aux perturbations que nous sommes en train de créer… »

McKie n’avait pas le temps de s’attarder sur ces considérations.

« Broey va avoir besoin d’aide ; une équipe de conseillers et des forces armées parfaitement sûres, que je te demande d’organiser pour lui. »

« Entendu, et Gar et Tria ? »

« Laissons-les courir pour l’instant. Broey les récupérera plus tard. »

Dosadi
titlepage.xhtml
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_025.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_026.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_027.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_028.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_029.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_030.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_031.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_032.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_033.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_034.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_035.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_036.html
Herbert,Frank-[Les Saboteurs-2]Dosadi(1977).French.ebook.AlexandriZ_split_037.html